SUITE DE L’AVENTURE !

Au fil du temps, je vais vous offrir quelques extraits de mes romans, vous mettre l’eau à la bouche pour peut-être ensuite dévorer les pages manquantes..

Extrait 3
Le vieux sur la falaise

Chère lectrice, cher lecteur, avec un peu de retard, je vous livre le 3ème extrait d’un de mes romans…

Mais où sont passés la chaleur, le soleil et le printemps ? Quelle déception que ce mois de mai, les arbres fruitiers d’ordinaire si abondants à cette époque n’offrent qu’une misère, le froid perdure au point de devoir faire ronronner la grosse cuisinière à bois pour réchauffer les corps et les murs.
Alors pour conjurer le sort, j’ai choisi un roman qui, j’en suis certaine, fera venir l’été, si ce n’est au-dessus de nos têtes au moins dans nos esprits !

Direction la Bretagne !

{Le début de cette histoire a été imaginé à l’occasion d’un atelier d’écriture que j’ai effectué auprès des élèves sourds et malentendants de CM1/CM2 de l’école primaire de Ramonville (31), grâce à l’association Délires d’Encre à Labège (31).
Je dédie ce roman à ces jeunes écrivains en herbe : Eva, Marc, Elisa, Tomas, Rayan, Thébo, Jade, Ornella, Maéva, Jérémy, Emma, Oxana, Audran, Morgane et Lenny. Merci à leurs enseignantes, Prisca, Cathy et Marie-Paule.
Un merci tout particulier à Cathy Desplas à la tête de cette association qui œuvre pour la culture et l’accessibilité pour tous, ainsi qu’à la Fondation Bettencourt pour ses fonds qui ont permis ce beau projet.}

C’est parti pour l’extrait 3 :

LE VIEUX SUR LA FALAISE

(…)

Lundi, 10 h 30

Assise sur sa serviette, Malou contemplait la vie de l’océan : les vagues ourlées d’écume qui venaient lécher le sable ; les oiseaux marins qui planaient, plongeaient et remontaient avec une proie argentée dans le bec ; un bateau aux couleurs vives qui rentrait au port, et la ronde des mouettes à sa suite qui se chamaillaient les restes d’une gourmandise.

La fillette ne s’en lassait pas et goûtait à ce paradis sans retenue.

Antoine l’interrompit en lui glissant son carnet griffonné sous le nez.

« Mets de la crème solaire et ton chapeau, ordonnait-il. Reste tranquille le temps que j’aille me baigner, compris ? »

Elle acquiesça de la tête et tartina sa peau de lotion blanchâtre. Son frère s’élança dans le sable tiède en direction de l’océan reculé, qui berçait Caramel allongé sur un matelas pneumatique.

L’étale cédait sa place à la marée montante, et une légère brise masquait la morsure du soleil.

Malou referma le tube et s’essuya les mains sur sa serviette. Elle examina les alentours. Sur sa droite, elle compta trois personnes offrant leur corps déjà brûlé à l’ardeur de l’astre. Sur sa gauche, un amas de rochers bordait le pied d’une immense falaise.

Elle plissa les paupières. Un point rouge, à peine perceptible, l’attirait. Elle se leva, enfonça son chapeau jusqu’aux oreilles et se dirigea vers l’éboulis. Elle fit attention de ne pas marcher sur les algues durcies qui jonchaient la frontière entre le sable humide de la précédente marée et le sable sec. Les grains minuscules la chatouillaient entre les orteils.

Du coin de l’œil, elle aperçut les mouvements de bras désordonnés de son frère. Il criait. Elle le savait : il ouvrait la bouche grande comme une caverne, ses traits étaient figés par la colère et son corps s’agitait dans tous les sens. Elle lui fit un petit signe pour le rassurer, elle avait compris, elle ne s’éloignerait pas trop, puis elle reprit son exploration.

L’infime point rouge se révéla être un seau troué, usé par les intempéries et le ressac incessant. L’immense barrière de granite abritait une anse, protégée du vent d’ouest et jonchée de trésors à ramasser. Ravie, Malou poussa sa balade, le dos courbé et le visage penché. Elle ratissa chaque centimètre à la recherche d’un coquillage merveilleux, d’un caillou précieux.

Et le temps s’écoula.

Les ombres raccourcirent.

Le soleil atteignit son zénith et les vagues léchèrent les carcasses rocheuses immuables depuis des millénaires.

La minuscule crique se referma inexorablement sur Maddy-Lou.

Lundi, 11 h 30

— ’Toine ? interrogea Désiré, qui secouait sa serviette pour sécher les gouttes salées qui dévalaient de sa peau. Elle est où ta p’tite sœur ?

Antoine se redressa d’un bond. La main en visière, il scruta la longue étendue de sable ponctuée maintenant d’une cinquantaine de rectangles en éponge colorée.

— Elle était près de cette falaise tout à l’heure ! répliqua-t-il en désignant la masse déchiquetée que les vagues léchaient.

— T’es sérieux ? Tu ne t’en es pas inquiété depuis tout ce temps ?

— Quoi… maugréa Antoine. D’habitude, elle ne s’éloigne jamais.

— D’habitude ? répéta Désiré, interloqué. D’habitude… ça veut dire quoi ? C’est la première fois que tu l’amènes à la plage avec nous !

Antoine pâlit d’un coup.

— Il faut toujours qu’elle crée des problèmes !

Son air bougon masquait son angoisse.

— Panique pas, réagit Désiré qui n’était pas dupe. La crique a dû se refermer sur elle. Suis-moi.

— On va escalader ça ? geignit-il en pointant l’immense barrière de granite.

Désiré leva les yeux au ciel.

— Pas escalader ! On doit remonter par le sentier et emprunter le chemin des douaniers qui longe la falaise.

Il l’entraîna sans lui laisser le temps de renchérir, bifurqua sur un passage creusé par les promeneurs, franchit des marches en rondins puis, en se retournant pour s’assurer que son ami était bien dans son sillage, il désigna une piste balisée de fils de fer.

— Par là, nous aurons vu sur la crique entière.

La chaleur était écrasante et les deux adolescents transpiraient à grosses gouttes.

Mais Antoine n’en avait cure. Il fulminait intérieurement après sa sœur. Depuis sa naissance, il n’y en avait que pour elle ! Tout ça parce que sa mère avait contracté une maladie lors de sa grossesse qui avait provoqué une surdité profonde chez Maddy-Lou. En huit ans, il n’avait fait aucun effort pour s’intéresser à elle. Certes, il aidait occasionnellement ses parents, mais c’était toujours à contrecœur et en dernier recours. Ils insistaient de temps en temps pour qu’il apprenne à signer, mais il s’y refusait catégoriquement. Ce serait se rapprocher d’elle et, ça, il en était hors de question. Il lui en voulait obstinément d’avoir accaparé papa et maman.

Il se sentait parfois coupable d’avoir de telles pensées. Régulièrement, même. Mais c’était plus fort que lui.

Et aujourd’hui ? Elle disparaissait ! Les parents le tueraient s’il ne la ramenait pas saine et sauve !

Quand il surplomba enfin la minuscule anse, il poussa un long soupir de soulagement. Sa sœur était bien là, mais…

— Merde ! lâcha Désiré. Le vieux…

… Elle n’était pas seule.

Antoine fronça les sourcils. Malou était juchée sur le dos d’un homme aux cheveux de neige.

— Quoi, « le vieux » ?

— Appelle ta frangine ! éluda Désiré.

— Elle est sourde, tu as oublié ?

L’ancien agrippait les barreaux d’une échelle rouillée pour se hisser jusqu’au sommet.

— Merde ! Grouille-toi !

Les deux adolescents s’élancèrent en direction d’une maison en grande partie camouflée par de hauts sapins touffus. Antoine frissonna alors qu’une onde d’adrénaline lui glaçait les sangs.

(…)

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Pour la saison 9 de leur prix littéraire, Vendée’Lire a sélectionné…

Le vieux sur la falaise

Affiche du prix littéraire :

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« Chaque livre proposé pour le vote doit répondre à une série de critères prédéfinis :

  • Le héros du livre est un adolescent.
  • Les titres sont édités depuis moins d’un an. 
  • Les ouvrages doivent être abordables et accessibles pour des élèves du niveau 5ème-4ème.
Chaque année, 14 romans sont ainsi présélectionnés et proposés à la lecture aux collégiens. »