LECTURE GRATUITE

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En ces temps difficiles, je vous offre 2 chapitres par jour de l’intégralité de l’un de mes romans, ici les deux premiers, ensuite vous pourrez suivre l’histoire au jour le jour sur la Page du roman (cliquez sur le titre ou la couverture), juste après les Prix et les Avis.

J’ai donc choisi Imago (première publication en 2011 aux Ed. Syros) pour l’évasion, le dépaysement, la nature, les valeurs humaines et la transformation après épreuves. Ce roman est une sorte de préquelle au roman Jeunesse Éternelle (Ed. Bayard).

Je vous souhaite beaucoup de courage et bonne lecture !

***

Pour commencer, je vous invite à consulter la liste des personnages principaux qui ont des noms particuliers, ainsi que l’organisation du peuple K’awil :

Neï, fille de Yon (petite-fille de Luv’ku)

Shin, fille de Yon (sœur de Neï et petite-fille de Luv’ku)

Sih, fille de Shin

Luv’ku, fille de Yon’ku, chef du clan des armuriers (mère de Yon, grand-mère de Neï et de Shin)

Ix Chel, fille de Yaj’mum, sorcière du clan des armuriers

Eam, fille de Rok’atz, deviendra la sœur d’adoption de Neï

Jynx, ami d’enfance de Neï

Tep, époux d’Eam

Voltàn, père de Shin et de Neï

Les sept clans du peuple K’awil

Clan des armuriers – chef : Luv’ku

Clan des agriculteurs – chef : Lik

Clan des chasseurs/guerriers – chef : Nyo

Clan des tanneurs – chef : Daj

Clan des souffleurs de verre – chef : Yun

Clan des tailleurs d’obsidienne – chef : Bij

Clan des scribes – chef : Aru

Prologue

– Dun, arrête-toi un peu, souffla Shin, les deux mains cramponnées sur son ventre tendu.

Dun rebroussa chemin pour rejoindre sa femme qui s’était assise sur une roche plate. Il lui tamponna le front avant de dégager la gourde de peau de sous son vêtement. Il en but une gorgée et la tendit à Shin qui s’humidifia juste les lèvres.

– Je ne vais pas pouvoir continuer longtemps… avoua-t-elle.

Son visage se crispa sous la douleur. Elle tenta de respirer calmement, sans succès. Dun s’installa dans son dos pour qu’elle puisse s’appuyer sur ses jambes. Doucement, il lui massa les épaules et la nuque.

– Merci, murmura Shin.

– C’est encore loin ?

– Encore dix minutes de marche, mais les contractions sont trop rapprochées. J’ai besoin de me poser pour me concentrer sur la naissance de…

Une contraction plus violente que les précédentes empêcha Shin de poursuivre sa phrase. Elle se mordit la lèvre inférieure jusqu’au sang.

– Non… Il faut que je trouve le courage de continuer, réussit-elle enfin à articuler. Le bébé doit avoir pour première demeure un lieu préservé par les esprits. La grotte du W’amu est un endroit fort.

Shin abandonna sa tête contre les cuisses nues de son mari.

– Je peux aussi construire un abri ici même. Un abri dans lequel tu pourras invoquer les esprits pour le protéger, proposa-t-il.

Le visage de Shin se rembrunit.

– Non, refusa-t-elle vivement.

– Mais pourquoi tiens-tu absolument à aller dans cette grotte ?

Elle haussa les épaules, l’air gênée.

– Dis-moi, insista son mari.

– De bonnes ondes s’en dégagent.

Dun fronça les sourcils puis sourit tendrement.

– Très bien, accepta-t-il. Va pour cette grotte où tu puises les ressources indispensables à ton art. Je vais te porter et, s’il le faut, je m’arrêterai à chaque contraction.

Il se pencha pour soulever sa femme mais suspendit son mouvement.

– Un instant… Tu m’assures que le W’amu n’y est pas ?

– Je te le promets. Il ne sera de retour qu’au déclin du soleil.

Shin soupira de bien-être en se retrouvant dans les bras puissants de son mari. Elle nicha sa tête au creux de son cou, où elle savoura le musc de sa peau. Elle se laissa bercer par les longues foulées de Dun, ainsi que par sa respiration régulière sur laquelle elle calqua la sienne pour se relaxer. Étrangement, les contractions qui suivirent furent moins douloureuses.

D’une voix apaisée, elle le guida sur le chemin qui menait à la grotte du gardien de la montagne Sacrée, le W’amu. Seules les sorcières du peuple K’awil avaient accès à l’intérieur de cette montagne, même si elles ne s’y rendaient que très rarement. Mais aucune n’avait, comme Shin, un contact direct avec le gardien.

– Voici la grotte aux écailles. Pose-moi ici, dit-elle en désignant de l’index un petit carré d’herbe.

Délicatement, Dun s’exécuta.

Shin inspecta l’endroit. Aucun danger. Juste une douce paix enveloppant le paysage qui s’étendait sous ses yeux. Dun détacha la lanière de cuir qui barrait ses larges épaules et tira une couverture en peau souple et soyeuse, décorée de fils de soie, qu’il déroula en l’étalant sur le sol, au seuil de la grotte.

– Installe-toi, l’invita-t-il.

Shin ne se le fit pas dire deux fois, alors qu’une contraction durcissait son ventre. Elle haleta, s’accroupit, les deux mains bien à plat sur ses genoux.

– Il était temps, fit-elle remarquer alors qu’un liquide chaud inondait ses cuisses pour maculer la couverture.

Dun sortit le poignard de son fourreau. De son pouce, il en apprécia le tranchant, puis le posa près de sa femme.

– Encore combien de temps ? demanda-t-il.

Shin haussa les épaules.

– Peut-être une heure. À peine.

– J’ai le temps de fabriquer un lit de transport.

– Non. Nous dormirons ici cette nuit.

– Mais le W’amu ?

– J’ai découvert plusieurs autres grottes dans le prolongement de celle-ci. Quand le bébé sera né, il nous restera assez de temps pour préparer notre foyer provisoire dans l’une d’elles.

Dun scruta le visage de sa femme.

– Raconte-moi.

Une intense complicité unissait le couple, aussi Shin ne fut pas étonnée par la perspicacité de son mari.

– La caverne la plus éloignée respire étrangement, comme si les esprits se disputaient constamment avec une force inconnue… et…

– Et ? l’encouragea Dun.

Shin esquissa une grimace.

– Les T’surs y sont venus.

Dun serra les dents.

– Je déteste les T’surs. Ce ne sont que des âmes perdues sans aucun respect pour notre Mère Nature ! Ils détruisent tout ce qu’ils touchent sans se soucier des conséquences, massacrent les animaux, dépouillent la Terre et ne vénèrent pas leurs morts !

Comme à bout de souffle, Dun se tut un instant.

– Comment sais-tu qu’ils sont venus dans cette grotte ? ajouta-t-il enfin.

– J’ai trouvé plusieurs objets qui ne nous appartiennent pas. Et aussi…

– C’est inquiétant, l’interrompit Dun, sous le choc de la nouvelle. Il faudra en parler à ta mère. Elle demandera certainement à Ix Chel de jeter un sort pour interdire aux T’surs l’accès à la montagne Sacrée. Si ces Blancs revenaient, la tranquillité de notre peuple serait à jamais compromise. La jungle qui entoure la montagne Sacrée ne serait plus qu’une faible protection.

Shin souffla et ses doigts serrèrent ceux de Dun. La contraction passée, elle fixa son mari.

– Calme-toi. J’ai autre chose à partager avec toi.

Shin lui tendit un carré souple et plat représentant l’image d’un couple.

– Qu’est-ce que c’est ?

– Un objet magique sans aucun doute. Regarde, la femme est une T’sur.

– L’homme à ses côtés ressemble à un K’awil ! s’exclama son époux.

– C’est Voltàn, mon père…

Les yeux écarquillés, Dun détailla le visage de Shin, à la recherche du moindre signe de moquerie.

– Tu es sérieuse ?

– Je le reconnaîtrais entre tous.

– Mais il est parti lorsque tu étais bébé !

– Non, j’avais quatre ans. Neï, elle, avait à peine quelques mois…

Dun se raidit soudain.

– Que se passe-t-il ? s’inquiéta Shin.

– Je sens une présence, chuchota-t-il en scrutant les alentours.

– Sans autorisation, aucune personne de notre peuple n’empiéterait ni sur mon domaine ni sur notre intimité. C’est contre nos coutumes.

Elle eut à peine fini sa phrase qu’elle entendit un hurlement sinistre.

Dun s’écroula sur le sol.

– DUN ! s’égosilla Shin.

Mais avant qu’elle réalise d’où provenait le danger, elle bascula brutalement en arrière. Elle eut juste le temps de discerner une forme sombre à l’haleine nauséabonde qui se penchait sur elle, puis une violente douleur lui vrilla la gorge.

Tout devint noir.

Tapi derrière un buisson, Tep avait tout vu mais n’avait pas bougé d’un pouce pour sauver le couple. Il aurait pu. Au moins essayer, même si tout s’était passé trop vite.

Il avait assisté à la scène comme fasciné, incapable d’esquisser le moindre mouvement.

Oui, de sa cachette, il avait vu le K’tioni, ce fauve difforme aux dents de sabre, s’approcher.

Oui, il aurait pu crier pour prévenir Dun.

Ou encore, se jeter sur le monstre, poignard à la main.

Ou prendre son arc et encocher une flèche.

Mais il n’avait rien fait de tout cela. Non.

Maintenant, il hésitait sur la conduite à tenir : sauver le bébé encore dans le ventre refroidissant de sa mère ou l’abandonner à la sauvagerie du monstre et sauver sa propre peau.

Le K’tioni, ce fauve agressif et redoutable qui avait tranché la gorge du jeune couple, n’avait apparemment pas détecté la présence de Tep. Il se faufilait entre deux rochers, s’éloignant des deux corps qui reposaient maintenant pour l’éternité.

Tep se secoua. Que Dun et Shin soient morts était une chose, mais il y avait un fond de culpabilité chez lui qui lui dictait de protéger l’enfant à naître.

Un fond de culpabilité… ou plutôt l’intérêt de prouver sa bonne foi auprès du peuple K’awil ?

Mais qu’avait-il à se reprocher ? À part le fait de se trouver dans un endroit sacré où, lui, simple agriculteur, qui plus est un homme, n’avait pas le droit de se rendre…

Quoi qu’il en soit, il devait agir vite car un K’tioni n’abandonnait jamais sa nourriture. Il allait revenir. Tep sortit de sa cachette et s’approcha, sur le qui-vive, des cadavres, le poignard à la main. Il contempla le tableau mortuaire quelques secondes, puis, du bout du pied, tâta le ventre tendu de Shin. Il était très dur. À l’intérieur, le bébé bougea. Tep se pencha et d’un geste précis entailla la chair pour libérer le nouveau-né qu’il attrapa par le pied. Il trancha le cordon ombilical et posa sans ménagement le bébé sur le cadavre de sa mère.

Tep ne se soucia pas tout de suite de l’enfant, son attention attirée par le carré souple qui se trouvait toujours entre les doigts de Shin. Il se baissa pour détailler cette chose colorée qui l’intriguait. Il n’avait pas entendu la conversation entre Shin et Dun, mais il se doutait de son importance. Il s’en saisit brusquement et le glissa dans sa tunique.

Au même instant, le nouveau-né émit un couinement qui se transforma en pleurs.

Tep s’intéressa enfin au bébé gesticulant et son expression renfrognée changea du tout au tout lorsqu’il aperçut son sexe.

– Une fille ! s’exclama-t-il au comble de l’excitation.

Excitation de courte durée car les pleurs du nouveau-né furent atténués par des hurlements provenant de la forêt.

Des hurlements sinistres.

De ceux qui vous glacent les sangs et vous hérissent les poils.

– Vas-tu te taire, maudite ! grinça-t-il à l’attention du bébé.

Soudain, une pierre lui tomba sur le crâne, accompagnée par un grondement rauque.

Tep leva les yeux.

Installé sur la corniche au-dessus de la grotte du W’amu, le K’tioni le toisait. Un autre, plus petit, arrivait sur sa droite. Une femelle, sans nul doute.

Leurs dents luisaient de bave.

Tep pointa son poignard en avant.

– Vous avez suffisamment de nourriture avec ces deux cadavres ! menaça-t-il. Je ne vous laisserai pas ce bébé en guise de dessert !

Prudemment, il esquissa quelques pas sur sa droite pour s’éloigner du nouveau-né, puis se campa fermement sur ses jambes. Le premier K’tioni, le mâle donc, grogna, se ramassa sur lui-même et, d’un formidable bond, se retrouva aux pieds de Tep. Sans attendre, ce dernier frappa de toutes ses forces. Un coup terrible sur la nuque du fauve, qui, surpris, vacilla.

Alors que le mâle recouvrait ses esprits et que la fureur étincelait dans ses yeux jaunes, Tep attaqua une seconde fois et plongea son poignard dans la gorge du K’tioni qui s’effondra en soufflant son haleine fétide dans l’air pur de la montagne Sacrée.

La femelle rugit et sauta près du cadavre de Shin sur lequel le nouveau-né vagissait toujours en gesticulant.

Doués d’une certaine intelligence, ces fauves percevaient d’instinct ce qui était précieux pour leurs adversaires.

Malheureusement, Tep était trop loin pour intervenir et, s’il tentait une quelconque approche, la femelle égorgerait le bébé d’un seul coup de ses longues griffes.

Tep délogea lentement son deuxième poignard de son fourreau et, d’un geste précis, le lança sur la K’tioni. La lame se ficha dans la hanche du fauve qui se penchait déjà au-dessus du nouveau-né.

La femelle se raidit. Le sang coulait abondamment de la blessure profonde. Elle jaugea son adversaire, puis la petite forme gesticulante qui s’égosillait à pleins poumons sur le cadavre de sa mère.

Tep dégainait déjà sa dernière lame. Il leva de nouveau le bras mais, au lieu de lancer son arme, il se mit soudainement à hurler.

Un long hurlement guttural, féroce et impressionnant.

La femelle K’tioni fit un pas en arrière et rugit à son tour, plus sous la douleur de la blessure provoquée par son mouvement que pour effrayer son adversaire.

Tep avança précautionneusement tandis que le fauve tentait d’ôter la lame incrustée dans sa chair meurtrie avec des coups de patte désespérés, tout en tournant sur lui-même. Arrivé près du bébé, il se baissa sans perdre la femelle K’tioni des yeux, prit délicatement le petit corps fragile et se redressa.

Le fauve, voyant sa proie lui échapper, donna un dernier coup de patte sur le poignard fiché dans son corps, qui se brisa net, grogna puis décampa en boitant.

Hors de danger, Tep esquissa un sourire victorieux. Ses yeux trahissaient une fierté sans nom. Il analysa la situation d’un rapide coup d’œil. Le K’tioni mort devait être éloigné d’ici, sinon il attirerait les charognes qui s’occuperaient ensuite des cadavres humains. Bien que Tep ne portât pas Dun et Shin dans son cœur, le couple avait tout de même droit à une cérémonie d’adieu décente pour lui permettre de voyager en toute sérénité dans le monde antérieur. Le monde de Xibalba.

Tep reposa le nouveau-né sur le corps sans vie de sa mère, puis il traîna le K’tioni déjà raide le long du chemin qui descendait la montagne. Là, un précipice déboulait sur une végétation dense et sombre. Il fit basculer le fauve qui dévala la pente dans un nuage de poussière.

Il construisit rapidement un travois grâce auquel il descendrait les cadavres de Shin et de Dun jusqu’au carrefour des Trois Esprits. car il n’avait pas le droit de se trouver si près de la grotte du Gardien de la montagne Sacrée, aussi allait-il devoir mentir.

Il fit deux voyages pour descendre les corps.

Enfin, satisfait, Tep se frotta les mains, puis les passa sur son front moite. Il pouvait rentrer à la montagne du Soleil, retrouver son clan.

***

Ix Chel jeta une bûche dans le feu qui crépita, puis elle s’accroupit et se balança d’avant en arrière, le regard perdu dans les flammes renaissantes.

– Que cherches-tu à me dire ? marmonna à l’adresse de la flambée la vieille sorcière du clan des armuriers du peuple K’awil.

Elle cracha et se redressa en grimaçant de douleur. Ses articulations rouillées lui rappelaient son âge avancé. Dans une tasse en terre, elle versa un peu d’eau fraîche. Elle en but une gorgée avant d’y ajouter une pincée d’un mélange de diverses plantes séchées et pilées qu’elle touilla avec son index. De nouveau près du feu, elle posa la tasse sur une pierre chaude puis s’installa en rassemblant ses fourrures les plus épaisses autour d’elle. Elle logea sa pipe entre ses lèvres et l’alluma en tétant énergiquement. Une fumée bleue roula jusqu’au plafond et s’étala en un épais nuage. La vieille sorcière avait fermé la trappe d’évacuation pour être entourée de cette brume odorante. Elle attendit quelques minutes puis la rouvrit juste ce qu’il fallait pour qu’un peu d’air frais s’infiltre à l’intérieur de sa caverne.

Elle attrapa sa tasse tiède et avala son contenu d’un coup. Le breuvage nappa ses muqueuses d’une douceur sucrée avant de glisser dans son estomac. Il se propagea rapidement dans son sang, lui procurant un vertige. Les effets n’allaient pas tarder. Son corps se refroidirait vite, aussi elle s’enveloppa de ses peaux soyeuses malgré la chaleur ambiante.

Les flammes baissaient en intensité. Bientôt ne resteraient que des braises rougeoyantes qui onduleraient de chaleur et hésiteraient à s’éteindre totalement. Pour le moment, le feu se brouillait, laissant parfois apparaître d’étranges visages peints en blanc.

Ix Chel tira une dernière bouffée de sa pipe, souffla la fumée sur ces visions encore éphémères et incertaines, et la posa sur une pierre plate. Elle se laissa envahir par l’effet du tabac mélangé aux herbes à visions. Ses doigts serrèrent la première fourrure contre son torse.

Les flammes crépitèrent.

La vieille sorcière ferma les yeux, la respiration lente, mais mesurée. Son esprit se détacha de son corps et s’évada par l’aération entrouverte. Il vola un instant au hasard et se retrouva soudain au cœur de la montagne Sacrée.

Un lieu sombre et silencieux.

Aucune vie humaine.

Elle ne capta que les esprits des Anciens, qui avaient façonné la montagne Sacrée, et celui de son gardien, le W’amu, apparu mystérieusement un peu plus de trente ans auparavant.

Une étrange lueur se mit à briller dans le noir. Une lueur rouge qui palpitait tel un cœur à l’air libre. Le cœur grossit jusqu’à atteindre la taille d’un adulte puis se multiplia.

Ix Chel frissonna.

Ces lueurs rouges symbolisaient des étrangers.

Puis une autre lueur apparut.

Blanche.

Vibrante.

Un K’awil !

La vieille sorcière se figea.

Voltàn ! Cette lueur blanche appartenait bien à Voltàn.

Ix Chel en fut déroutée. Des étrangers et Voltàn se trouvaient au cœur de la montagne Sacrée ? Elle n’y comprenait rien.

La sorcière secoua la tête, déboussolée.

La lueur blanche s’intensifia puis disparut.

Tout était de nouveau sombre.

L’esprit de Ix Chel réintégra son corps.

Elle ouvrit les yeux, regardant sans les voir les braises qui chuchotaient en mourant, les pensées tournées vers sa vision.

Elle se recroquevilla dans ses fourrures, tel un fœtus dans le ventre de sa mère. Quand elle ne comprenait pas immédiatement ce qu’elle voyait, elle se trouvait soudain bien plus vieille. Pourquoi Voltàn reviendrait-il ? Il était parti, il y avait plus de seize ans, à la mort de son épouse, Yon, pour le monde des T’surs, laissant Shin et Neï derrière lui à la charge de Luv’ku, leur grand-mère maternelle. Et qui étaient ces étrangers avec lui ? Des T’surs ?

Ix Chel grimaça. Non, décidément, cette fois elle avait du mal à interpréter sa vision. Mais une chose était certaine. Cela ne présageait rien de bon. Des événements allaient perturber la tribu. Très prochainement.

La vieille sorcière sentit ses paupières se fermer. Elle résista au sommeil qui l’arrachait à sa conscience. Elle voulait comprendre.

Alors elle résista…

Résista…

Résista encore…

Et sombra.

Chapitre 1

De loin, la montagne du Soleil où avait élu domicile le peuple K’awil ne trahissait aucun indice de vie. Une montagne ordinaire composée de terrasses et de cavernes, dont les parois striées offraient des teintes variées, du mauve au rose ou de l’ocre orangé à l’ocre brun. Mais une fois sur le seuil des premières grottes, on découvrait dans les profondeurs un lieu féerique tout en labyrinthes et en lumière. Le cœur de la montagne du Soleil était baigné d’une luminosité constante grâce aux patchworks d’obsidienne qui tapissaient les parois à certains endroits stratégiques. Ces miroirs minéraux reflétaient à la fois les rayons du soleil qui se faufilaient par des failles et les nombreux foyers entretenus sans relâche pour chasser l’humidité permanente.

Un des sept clans constituant le peuple K’awil, le clan des agriculteurs, se secouait des derniers voiles de sommeil. Le soleil effleurait à peine l’est que déjà des hommes, des femmes et même des enfants, supervisés par leur chef, Lik, s’activaient pour les ultimes préparatifs en vue de leur déménagement au camp d’été. Des pots s’entassaient, parfois en équilibre, ainsi que des vêtements, de la nourriture, des jarres d’eau. Tout ce dont chacun avait besoin pour le voyage et les six longs mois à venir loin de la montagne du Soleil.

L’effervescence enflait petit à petit et un bruit sourd, tel un bourdonnement, se répercutait sur les parois jusqu’à atteindre le foyer du clan de Luv’ku, le clan des armuriers, perturbant le sommeil de Neï.

La jeune fille grogna de mécontentement. Elle se tourna vers la roche et remonta la fourrure jusque sur son front.

– Tttttt, debout, paresseuse !

La couverture vola.

– Grand-mère ! Rends-moi ma couverture ! s’indigna Neï.

– Aurais-tu oublié qu’il te reste beaucoup de choses à préparer pour ton départ avec le clan de Lik ?

– Laisse-moi dormir encore un peu, supplia Neï. Je ne suis rentrée qu’hier soir et, pour la première fois depuis des jours, je peux enfin me reposer.

Elle se frotta les paupières encore alourdies de sommeil et ajouta en ronchonnant :

– J’ai passé quatre lunes à étudier l’écriture dans le clan d’Aru et deux autres à manier les armes dans le clan de Nyo.

– N’essaie pas de m’amadouer, jeune fille, gronda la voix rocailleuse. Shin n’est pas là et je dois veiller à ce que ton départ se déroule comme prévu.

À l’évocation de sa sœur, Neï se réveilla tout à fait et s’agenouilla sur sa couche.

– Tu crois que le bébé est arrivé ?

Luv’ku sourit, mais ne répondit pas.

– File te laver et reviens vite que je te coiffe.

Neï enfila sa tunique aussi brune que son épiderme et partit en maugréant. Elle traversa le clan de Daj, le clan des tanneurs, où elle inspira profondément l’odeur particulière des peaux, puis le clan de Yun, celui des souffleurs de verre, où une chaleur étouffante lui rougit le front, mais elle resta un moment à s’émerveiller devant les femmes qui façonnaient le verre avec une incroyable dextérité. La jeune fille les quitta à contrecœur. Une fois à l’extérieur, elle cligna des yeux sous la lumière vive et respira, en souriant, l’air déjà tiède du printemps. Elle contourna le groupe des élèves du clan de Bij, le clan des tailleurs d’obsidienne, qui écoutaient attentivement l’explication sur le processus de la taille de ce minéral d’un noir profond. À l’entrée de la montagne vivait le clan de Nyo, le clan des chasseurs et des guerriers, tandis qu’au plus profond des cavernes se tenait celui d’Aru, le clan des scribes.

Les sept clans qui composaient le peuple K’awil possédaient chacun une spécialité, mais chaque membre devait être polyvalent, tout particulièrement les hommes qui évoluaient dans cette société matrilinéaire[1]. Dès qu’ils s’unissaient, ils intégraient le clan de leur épouse et devaient donc s’adapter à n’importe quel foyer.

Neï trotta sur la corniche qui séparait les maisons troglodytes du vide, puis descendit jusqu’à la petite cascade qui dévalait vers un arbre tordu dont les racines baignaient dans une piscine naturelle. Là, elle s’aspergea le visage, se frotta la nuque, les bras et les pieds – sa peau très mate luisait sous le soleil déjà puissant –, puis lissa ses cheveux vers l’arrière. Elle n’avait qu’une hâte : achever la dernière étape de l’Argynnis, le rite du papillon, qui lui permettrait d’entrer dans le monde des adultes, et ne plus avoir à enrouler sa chevelure sur sa tête en une savante coiffure. Cet ultime rite s’appelait l’imago.

Enfin propre, Neï se redressa. Elle fixa un instant le paysage. Des montagnes arides à perte de vue. Mais derrière la montagne du Soleil, à l’est, au bout de quelques heures de marche, après avoir contourné une partie de la montagne Sacrée, se cachait une étendue verdoyante bordée par un fleuve-serpent et protégée par la muraille de la forêt : le camp d’été où s’installerait le clan de Lik, clan des agriculteurs, pour six mois, afin d’y cultiver les céréales nécessaires pour l’hiver.

La jeune fille respira un grand coup et rebroussa chemin.

– Neï ! Presse-toi un peu ! héla sa grand-mère.

Neï courut la rejoindre et s’assit à même le sol. Luv’ku démêla la longue chevelure aussi noire que le charbon.

– J’aurais bien aimé voir ma sœur avant de partir.

– Ta sœur ou le bébé ?

– Les deux… Mais oui, surtout le bébé, avoua Neï. Quand je le verrai, il aura déjà près de six mois.

– Non, Shin te rejoindra dans trois mois, quand son bébé sera en mesure de voyager.

Neï haussa les épaules.

– Quelque chose d’autre te tracasse et tu n’oses pas me le dire, fit remarquer Luv’ku.

La jeune fille hésita un instant et se lança :

– Je trouve stupide d’apprendre l’agriculture !

– Nous y sommes donc, gloussa sa grand-mère. Tu sais très bien que tu n’y vas pas que pour ça, voyons. Ix Chel doit remplacer la sorcière du clan de Lik au camp d’été. La pauvre, après sa chute, ne peut pas accomplir un tel voyage. Et comme ton imago approche, seule la sorcière de ton clan peut être à tes côtés pour t’aider à franchir cette dernière étape, qui fera de toi une femme.

– Au moins, Jynx sera là lui aussi pour la cérémonie d’acceptation ! dit Neï, alors que les battements de son cœur s’accéléraient soudain.

Elle ressentait pour le jeune homme, adopté par Luv’ku à la mort de ses parents, une profonde tendresse. Elle le considérait comme son frère et une intense complicité les unissait. Absent depuis plusieurs semaines pour accomplir son imago, Jynx lui manquait terriblement.

Neï secoua la tête pour chasser ces pensées. Les coquillages tintèrent et s’entrechoquèrent contre les os et les bois qui ornaient sa coiffure. Quelques plumes lui chatouillèrent les joues.

– Je commence par quoi ? demanda-t-elle en se levant.

– Par le petit déjeuner. On ne travaille pas le ventre vide.

La jeune fille regarda tendrement sa grand-mère, toujours soucieuse du bien-être de ceux qui l’entouraient. Elle fila vers le renfoncement de la caverne où elle trouva une poignée de pignons de pin et une autre de baies séchées qu’elle enfourna dans ses poches. Elle prit aussi une galette de maïs qu’elle dévora.

– Che chuis prête, dit-elle, la bouche pleine.

– Alors rassemble tes affaires et va aider le clan de Lik. Ensuite, viens m’embrasser. Oust !

Neï s’activa auprès de ceux avec qui elle allait apprendre l’agriculture. Dah, fille de Lik, une jeune femme à peine plus âgée qu’elle, la guida avec beaucoup de patience. Le temps passa très vite et lorsque, en milieu de matinée, Lik donna le signal du départ, plus rien ne traînait dans les grottes du clan.

Une femme, un bébé accroché à son sein, se présenta devant la chef, l’air soucieux.

– Tep n’est pas rentré de sa chasse d’hier… annonça-t-elle.

Lik afficha un visage agacé.

– Eam, nous ne pouvons retarder notre marche. Ton époux nous rejoindra. Il faudra lui rappeler qu’il est agriculteur et non chasseur !

La jeune femme voulut protester mais se tut finalement devant l’air sévère de la chef.

Neï observa Eam du coin de l’œil. Sa soumission l’exaspérait, aussi elle détourna son attention. Elle alla embrasser Luv’ku, mit son sac de peau en bandoulière, cala ses outils sous le bras et suivit les hommes et les femmes qui transportaient une montagne d’ustensiles sur leur dos, tandis que les enfants se partageaient l’eau et la nourriture.

Il fallut tout d’abord traverser l’intérieur de la montagne du Soleil, dont les grottes inhabitées, aux roches rondes et harmonieuses, dénuées d’obsidienne, étaient striées par l’érosion. S’infiltrant par des crevasses, la lumière du soleil y créait des camaïeux d’ocre rouge, tels des drapages suspendus. Après une heure de marche souterraine, ils débouchèrent sur le versant nord-est de la montagne. Le plus dur restait à faire. Escalader, descendre des chemins abrupts, contourner par le sud la montagne Sacrée, traverser une partie de la forêt et enfin arriver au bord du fleuve-serpent.

Ce trajet pénible était une vraie promenade pour Neï. Agile, elle sautait et courait malgré son fardeau. Heureuse de se dépenser enfin, elle en profitait aussi pour s’isoler. D’autant que c’était son dernier voyage en tant qu’enfant. Quand elle reviendrait, elle serait adulte. Sauf si elle échouait à la dernière étape de l’Argynnis… Neï se mordit l’intérieur des joues. J’ai réussi la première étape, la nymphose, pourquoi raterais-je l’imago ? Je réussirai. Point !

Pour évacuer ses doutes de son esprit, Neï s’arrêta un moment face au paysage grandiose qui l’entourait.

Au sud-est, des plateaux et des pics s’étendaient à perte de vue dans un désert semi-aride.

Derrière elle s’élevait la montagne Sacrée, en forme de casquette géante retournée, cerclée en partie par la dense forêt qui protégeait le peuple K’awil de toute invasion.

À l’est ondulait le fleuve-serpent, baptisé par la tribu le fleuve Émeraude. Ses rives s’ornaient de verdure tendre, et il s’étalait devant ce monde désertique telle une oasis. Les champs encore en jachère qui le bordaient égayaient les pieds des hauts plateaux arides.

Un petit paradis qui procurait au clan baies, gibier et récoltes de céréales indispensables à l’hiver rigoureux passé dans les habitations troglodytes.

Après six heures de marche, le clan de Lik était arrivé sur les rives du fleuve Émeraude. Des cabanes les jalonnaient, faites de pierres, d’argile et de branchages, et pourvues de larges terrasses sur lesquelles le clan se réunissait pour travailler ou discuter. Le camp d’été était délimité par de nombreuses fleurs-soleil, plantées régulièrement en un arc de cercle parfait, dont les tiges étaient hautes comme un enfant de dix ans. À la tombée de la nuit, elles restituaient la lumière du soleil emmagasinée dans la journée. Le savoir combiné du clan des souffleurs de verre pour le cœur de la fleur et de celui des tailleurs d’obsidienne pour les pétales avait créé cette ingénieuse invention qui fascinait Neï depuis toute petite.

Avisant l’atelier de sa sœur Shin, où celle-ci confectionnait ses lames et ses pointes de flèche, la jeune fille s’y précipita. Elle y dormirait tout le temps de son apprentissage. Avant que la nuit ne s’installe, elle s’occupa de nettoyer les lieux, puis rangea les affaires qu’elle avait emportées.

Neï finissait de disposer les couvertures de peau sur la natte lorsque Luv’ku pénétra dans la hutte.

– Grand-mère ! s’exclama la jeune fille. Que fais-tu ici ?

Voyant le visage blême de la vieille femme et les plis autour de sa bouche plus profonds que d’habitude, Neï se raidit. Luv’ku s’approcha en titubant, puis tendit les bras en les ouvrant largement.

– Tep est arrivé peu de temps après votre départ, dit-elle alors d’une voix chevrotante. Il nous a annoncé une très mauvaise nouvelle.

Neï resta de marbre, attendant d’autres explications qui ne venaient pas. Sa grand-mère baissa les bras et s’arrêta à deux mètres d’elle.

– C’est le bébé ? interrogea Neï d’une voix tremblante.

Mutique, Luv’ku baissa les yeux. Deux larmes s’écrasèrent sur sa tunique blanche. Elle fit subitement demi-tour pour sortir de l’atelier, puis revint avec un paquet gesticulant qu’elle déposa dans les bras de la jeune fille.

– Voilà ta petite nièce, Sih.

Neï fronça les sourcils. Luv’ku ne lui laissa pas le temps de poser une question :

– Ta sœur et Dun sont morts. Tep a découvert leurs corps au carrefour des Trois Esprits.

Neï tenta d’avaler sa salive, mais son larynx semblait avoir gonflé d’un coup et elle s’étrangla. Les couleurs s’évaporaient de son visage. Le bébé se mit à pleurer, la ramenant à la réalité. Des rides de tristesse strièrent son front. Luv’ku lui tendit la main. Elle s’y accrocha, tel un naufragé à sa bouée.

– Comment sont-ils morts ?

– Un K’tioni.

– Où sont-ils ?

– Tep les a traînés dans une grotte pour ne pas qu’un autre fauve les dévore, mais il ne pouvait pas les ramener tout seul. Un groupe est parti les chercher pour la cérémonie d’adieu.

Neï posa les yeux sur sa petite nièce qui pleurait toujours, le visage rouge.

– Qui va la nourrir ?

– Je ne sais pas encore. Elle doit rester près de toi ; dans le clan de Lik, plusieurs femmes ayant des bébés pourront lui donner le sein.

– Ce qui veut dire que Sih sera adoptée…

Luv’ku soupira.

– Jusqu’à son sevrage, oui. Ensuite, tu pourras t’en occuper. Je suis désolée, ma chérie. Nous n’avons pas le choix, c’est la coutume de notre peuple, ajouta-t-elle en voyant le visage chagriné de sa petite-fille.

Elle se tut un instant, puis reprit :

– Le foyer de ta sœur te revient.

La jeune fille regarda la vieille femme, ses yeux se voilant d’un flot de larmes qu’elle essuya rageusement. Sans ménagement, elle rendit le bébé à sa grand-mère et attrapa son arc avec la ferme intention de quitter le camp et de s’isoler quelques heures.

– Non, Neï… Tu ne peux pas partir maintenant, la retint Luv’ku. La cérémonie d’adieu doit se faire cette nuit. Ensuite, il faudra que je retourne à la montagne du Soleil.

Neï serra si fortement les mâchoires que ses dents grincèrent. Elle avait tant besoin d’être seule pour supporter son chagrin.

A suivre… ICI


[1] La famille matrilinéaire est un système de filiation dans lequel chacun relève du lignage de sa mère. Cela signifie que la transmission, par héritage, de la propriété, des noms de famille et titres passe par le lignage féminin.

CHRONIQUES

“La Reine des Aurès contre le Général Hassan, un roman historique très original qui nous fait remonter le temps pour nous plonger dans l’Histoire du Maghreb.
Le coin lecture d’Arsène

2014 > Prix du Festival Livres & Musiques de Deauville

Ecoute battre mon cœur, une très belle découverte avec cette lecture ado. Un merveilleux moment avec cette lecture remplie d’émotions. Lecture ado qui n’en est pas forcément une puisqu’elle est parlante pour tout âge, aussi bien pour l’ado que pour les parents. Chaque génération s’y retrouve, chaque génération ressentira diverses émotions parlantes à chacun. Une histoire de passions au pluriel car ici on retrouve la passion pour la musique et la passion amoureuse. Deux choses bien différentes et pourtant qui se retrouve.”
She reads a book

Ce roman, Seule, est référencé sur le site de Thierry Maricourt Voyage dans les lettres nordiques

Chère lectrice, cher lecteur, pour en savoir plus sur ces trois romans et les nouvelles chroniques qui vous donneront peut-être l’envie de les lire, clique sur leur couverture !
A bientôt, ici ou ailleurs…

Une autrice fière

Oui, je suis fière de vous annoncer que j’ai réussi à mettre le point final sur une histoire vieille de 20 ans, une histoire avec nombre de versions inachevées, une histoire qui me tenait à cœur depuis tant d’années et pour laquelle le déclic se refusait.

Aujourd’hui, il s’envole vers le Centre National du Livre et quelques éditeurs.

Un peu de repos s’impose avant que je reprenne un autre manuscrit inachevé, débuté au printemps.

L’automne étant proche, je vous le souhaite chaleureux et ensoleillé !

BRUNE & JULES

En pleine écriture sur un manuscrit plus que prenant, je vous délaisse, chère lectrice, cher lecteur.
Voici une bien chouette chronique pour ce roman, Brune et Jules, que je tenais à partager avec vous avant de replonger dans ma nouvelle histoire.

2012 > Prix Ados en Colère (Pas de Calais) pour Brunes & Jules

Bookinette a écrit : ” Une jolie histoire d’amitié entre une adolescente écorchée et un vieil SDF au lourd passé.

Pour découvrir toute la chronique, clique sur le titre du roman ou va sur le blog de Bookinette !

Je vous souhaite à toutes et tous un très bel été, et de belles lectures…

MORT DES ARTISTES

Être auteur, vivre de sa création, quel rêve merveilleux. Mais, aujourd’hui, le rêve tourne au cauchemar. Les auteurs et les autrices, souvent très précarisés économiquement, ont bien du mal à se défendre face à une industrie culturelle qui impose ses normes. En parallèle, les réformes sociales ont provoqué une hausse continue des cotisations. Avec la réforme des retraites, ils pourraient bien perdre encore 13% de leurs revenus.

La plupart des auteurs et des autrices ne pourront donc bientôt plus vivre de leur création. C’est pourtant la condition nécessaire pour pouvoir continuer à créer. Mais ce n’est pas dangereux que pour eux. En effet, le travail des auteurs, comme celui des artistes, sert aussi de laboratoire de recherche et de développement à toutes les industries culturelles, audiovisuelles et ludiques bien plus coûteuses. Ne pas protéger aujourd’hui les auteurs, c’est mettre en péril toute la culture française et menacer l’avenir d’une bonne partie de son économie et de son rayonnement international.

COMPRENDRE LA SITUATION

Pourquoi la réforme de la retraite universelle dérape-t-elle pour les artistes et auteurs ? Nous vous proposons de lire ce document : Retraite universelle : catastrophe pour les auteurs

SOUTENIR LES AUTEURS

Je vous invite à aller sur ce site
http://www.extinction-culturelle.fr/

Lectrices, lecteurs, comme vous le savez, plus d’auteurs, plus de livres.
Quel sera l’avenir de nos enfants ?

Quand l’Eglise touche à nos enfants…

Mon roman, Les orphelins de Naja, est malheureusement toujours d’actualité, il suffit de voir dans les médias ces hommes ensoutanés qui agissent en toute impunité, qui osent des phrases à vomir. Et cela me révolte !

Un roman qui a fait des remous quand j’ai voulu le publier en 2007, un roman qui a été censuré avant d’être édité en 2008, puis étouffé, dénigré, nié. Lorsqu’il a été sélectionné pour le Prix Ados de la ville de Rennes, 2009/2010, il a été retiré de la liste à la demande du diocèse de Rennes sans respecter la charte du Prix, à l’époque, qui donnait le pouvoir aux adolescents et les adultes n’avaient pas à remettre en cause leurs choix. Quelle irrespect de bafouer ainsi la parole des adolescents ! Mais j’ai tenu bon et 48h après cette décision, grâce à la presse et autres moyens de pression, il a réintégré la sélection. Toutefois, nombre de CDI, de médiathèques, ont reçu des courriers pour inciter les passeurs de livres à éviter de le prêter, d’en parler et surtout le mot d’ordre : ne pas voter pour lui.

Aujourd’hui, je vous en conseille sa lecture. Il n’est plus édité  néanmoins vous le trouverez dans les médiathèques/bibliothèques, en CDI peut-être. Sinon, contactez-moi, il m’en reste en stock !